23.06.2009

La burqa et le niqab : faut-il les interdire ?

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La burqa est une tenue recouvrant l’intégralité du corps et munie d’une grille devant les yeux. Elle habille les femmes sous le règne des talibans en Afghanistan. Il existe également le niqab où seule l’absence de la grille différencie cette tenue de la précédente. Cet habit est porté essentiellement dans la région de Riad, en Arabie Saoudite. Dounia Bouzar, ex-membre du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), spécialiste de l'Islam en France et auteur d'une étude sur la religion au travail précise que le niqab, au contraire du foulard, « traduit une conception archaïque de l'Islam. […] L'Islam existe depuis 14 siècles et le niqab n'a que 70 ans et il est une création de groupuscules sectaires qui se disent salafistes ».

Aucune statistique n’existe, nous ne pouvons nous fier qu’aux constats des élus, et ils sont maintenant 63 députés (48 UMP, 7 PS, 3 PCF, 2 NC et 3 non inscrits) à tirer la sonnette d’alarme au travers le dépôt d’une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête parlementaire sur le port de la burqa ou du niqab. Cette commission serait chargée de «définir des propositions afin de lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national». André Gerin, député-maire PCF de Vénissieux et à l’initiative de cette proposition, compte de plus en plus de ce qu’il appelle des « fantômes » ou de « véritables prisons ambulantes » dans les rues de sa commune. Le niqab est à ses yeux une «tenue vestimentaire dégradante» pour les femmes.

Peut-on obliger une femme à porter une tenue, et inversement lui interdire d’en porter une ? Où se situe la liberté de chacun ?

Ces femmes justement, choisissent-elles de porter ces vêtements ? Un membre d’une secte, spolié, coupé de la société et maltraité, vous jurera qu’il a choisi son « engagement » en avançant des raisons que seules les imaginations toujours plus fertiles des gourous peuvent produire. Un tel endoctrinement fait de ces adeptes des victimes.

Et pour quelles raisons interdire le niqab et la burqa ? L’égalité entre les sexes, la condition des femmes, la lutte contre une forme d’oppression, etc… Le Conseil d’Etat (arrêt du 27 juin 2008), a eu à statuer sur le cas d’une personne de nationalité étrangère, à qui le gouvernement avait opposé son refus d’acquisition de la nationalité française par mariage. Il a considéré que l’intéressée avait adopté « au nom d’une pratique radicale de sa religion ; un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française et notamment avec le principe d’égalité des sexes ». La commissaire du gouvernement avait relevé que cette femme portait le voile islamique intégral et vivait recluse soumise totalement aux volontés des hommes de sa famille.

Nous pouvons également proposer des arguments sécuritaires comme en Belgique, où dans certaines villes toute personne qui masque son visage hors période de carnavals est passible d'amende. Comment une institutrice peut-elle s’assurer au moment de confier un élève à la sortie de la maternelle qu’il s’agit bien de la mère, si cette dernière est recouverte d’un niqab ?

Eric Besson, ministre de l’Immigration n’a, par contre, pas jugé «opportun de relancer une polémique» sur les signes religieux: «la loi a déjà énoncé un certain nombre de règles du vivre ensemble, la loi dit qu’on ne peut pas porter le voile dans un certain nombre d’administrations, de services publics et à l’école. Un équilibre a été trouvé en France et il serait dangereux de le remettre en cause». Rappelons que nos soldats sont déjà considérés comme des cibles privilégiées en Afghanistan.

L’initiative des députés via cette proposition de résolution a ouvert le débat. Et beaucoup d’arguments existent. Faut-il une loi, et si oui, sur quels principes ? Ou bien est-il préférable d’accentuer la sensibilisation sur ce phénomène, avec un travail accru dans ce sens de nos acteurs sociaux ?

Quelle que soit l’option qui sera privilégiée, n’invoquons pas dans nos propos un fait religieux ou implicitement l’Islam, car ceci serait faire insulte aux musulmans qui ne s’identifient pas dans cette pratique sectaire, jusqu’à la rejeter. Mohammed Moussaoui (président du CFCM) insiste sur le fait que la burqa «n’est pas une prescription religieuse», et donc n'a rien à voir avec l'Islam.

Et ne laissons pas non plus les thèses de l’intolérance envahir cette discussion et posons nous les bonnes questions.

Romain Burgat

 

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